|
L'objet et l'art contemporain
L’objet traverse la tradition picturale occidentale
dès l’antiquité. Mais c’est
au XVIe siècle que la représentation
de l’objet inanimé devient autonome
et constitue un genre à part entière,
celui de la nature morte, qui se canonisera alors
en tant que peinture d’objets qui posent, comme
suspendus dans le temps et agencés par la
main de l’artiste.
Crânes, instruments de musique, miroirs, corbeilles
de fleurs et de fruits semblent enfermer le spectateur
dans le monde muet des choses. Les XVIe et XVIIe siècles
hollandais seront riches en tables servies de verres
transparents et de fruits épluchés, tandis
que les vanités s’affirment en France
où brillera un siècle plus tard le génie
incontesté de ce genre : Chardin.
Cézanne fera de la nature morte, car elle présente
un répertoire inépuisable de formes,
de couleurs et de lumières, le champ de prédilection
de sa création picturale. Les cubistes y verront
le genre le mieux adapté pour rendre, en peinture,
la question de la représentation de l’espace.
Déjà en
1912 avec sa révolutionnaire
Nature morte à la chaise cannée, Picasso
introduit dans le tableau un bout de toile cirée
pour le cannage et une corde pour matérialiser
l’ovale du cadre. Des éléments
prélevés au réel remplacent donc,
par endroits, la représentation et dialoguent
avec les parties peintes. L’objet ou plutôt
des fragments d’objets réels envahissent
la représentation.
Mais c’est à Duchamp que revient le geste
radical transformant, par la seule déclaration
de l’artiste, l’objet quotidien manufacturé en
oeuvre d’art. Les premiers ready-made datent
de 1913. Depuis, l’objet sort du cadre de la
peinture et envahit le monde réel se présentant
en tant que tel dans la scène de l’art.
Il
se prêtera aux détournements et aux
assemblages les plus surprenants des surréalistes,
aux "accumulations", "compressions" et
différents "pièges" des Nouveaux
réalistes, aux mises en scène de la nouvelle
sculpture objective contemporaine, en passant par l’adhésion
enthousiaste et critique à la fois du Pop art
américain qui a fait d’une société de
consommation et de ses objets le sujet principal de
son art.
L’objet interpelle l’art au XXe
siècle, son statut et ses limites, qu’il
repousse de plus en plus loin.
C’est une traversée des collections du
Musée national d’art moderne à l’enseigne
d’un des événements artistiques
majeurs du siècle dernier, "l’affirmation
de l’objet", que ce dossier propose.
|