|
Une société d’objets
Pop art Américain et Nouveau réalisme
L’objet en tant que marchandise promu par la
société de consommation se met en place,
dans les années soixante, avec son langage publicitaire
et ses mass-media. Déjà vers la fin des
années cinquante, des artistes comme Robert
Rauschenberg et Jaspers Johns avaient réagi
contre les derniers sursauts de l’Expressionnisme
abstrait, trouvant dans l’esprit antiacadémique
de Dada et dans la figure de Duchamp leurs inspirateurs.
Ces
artistes prônent un retour au réel
et si Rauschenberg intègre dans ses immenses
tableaux, les Combine-paintings, des objets usagés
de toutes sortes (journaux tabourets, lits, bouteilles
de Coca, etc.), Johns réalise des peintures
du drapeau américain ou des cibles de tir qui
sont des peintures littérales de l’objet
en question.
Dans la voie ouverte par ces deux pionniers, des artistes
comme Claes Oldenburg et Jim Dine pour la sculpture,
Andy Warhol et Roy Lichtenstein pour la peinture, se
tournent résolument vers le monde décrié de
la marchandise (hamburger, boîtes de lessive,
canettes de Coca Cola) et vers les nouvelles formes
de culture populaire : publicité, bande dessinée,
stars de cinéma et de la politique, dans un élan à la
fois enthousiaste et critique.
Malgré la promotion au rang d’oeuvre
d’art de tels objets ou de telles images, ce
sont, le plus souvent, les rouages pervers d’une
société de consommation que ces artistes
révèlent avec humour, ironie et inquiétude.
Les caisses d’emballage de Warhol pour le jus
de tomates Campbell’s sont des faux ready-made,
car réalisés par l’artiste qui
fait graver sur les caisses le graphisme publicitaire.
Ces objets trompent l’oeil et l’esprit à l’image
de la logique marchande.
Chez les pop artistes américains l’objet
n’est que rarement introduit tel quel. Il est
reproduit en trompe-l’oeil ou sous une forme
grotesque par des agrandissements qui en altèrent
le sens, en soulignent la trame, paraissant parfois
plus réel que le réel lui-même
jusqu’à toucher l’irréel
et l’inquiétant.
|